lundi 31 janvier 2022

Goldfinger : L'ami Midas

Je continue ma série de critiques face aux différents volumes de James Bond dans l’ordre.  
Le Pitch: Par hasard, Bond se retrouve à enquêter sur un tricheur de cartes (encore) du nom d'Auric Goldfinger. Par hasard, il se retrouve plus tard à devoir enquêter sur un traffic d'or où le suspect numéro un se trouve être aussi Auric Golfinger. Par hasard encore, il devra sauver le plus grand casse du siècle chapeauté par - devinez - Auric Golfinger! Ian Fleming au sommet de la subtilité.

La Critique: Comme vous pouvez le sentir dans mon résumé, c'est le roman le moins bien construit de Fleming que j'ai pu lire jusque là.
D'une part, il y a cet énorme problème de "coincidence" qui parsème le roman, ce qui donne une impression tenace de grosse ficelles dans l'élaboration de l'intrigue. Fleming devait en être conscient, au point de carrément d'appeler la première partie du roman "coincidence" - ce qui ne rend pas plus acceptable l'implausibilité et la facilité de l'histoire !
Deuxièmement, le caractère profondément mal fichu du récit tient au fait que Fleming démarre des sous-intrigues et des arcs thématiques qui sont généralement interrompus pour partir dans une toute autre direction ou être complètement passés sous le tapis. Bond démarre l'aventure avec les séquelles psychologiques suite à une mission au Mexique particulièrement houleuse. Il commence à regretter de devoir mettre à contribution son permis de tuer, et c'était un début prometteur qui semblait partir sur une évolution du personnage? Non: ses états d'âmes disparaissent assez rapidement et sans trop spoiler, je ne sais pas si on peut considérer le fait qu'il TUE UN MEC JUSTE EN LE BOURRANT DE COUP DE POINGS A REPETITION soit une évolution de son personnage satisfaisante? Ou bien le message est que Bond devrait arrêter de jouer les chochottes avec ses états d’âmes, et si c’est le cas c’est aussi une déception.
L'intrigue principale du traffic d'or est complètement détournée à la fin pour partir dans un gros délire - encore une fois, j'aime bien le grand n'importe quoi, mais du début à la fin, par juste pour les derniers 20% du roman ! Les symptômes de ce côté complètement girouette ou improvisée s'en ressent jusque dans le personnage de la Bond Girl: on a droit à 2 faux départs, car trois demoiselles se partagent le rôle dans le roman, ce qui fait qu'on n'arrive jamais véritablement à s'attacher (sauf à la dernière, la fameuse Pussy Galore, mais elle présente son lot de problème. On y reviendra…

Si encore il n'y avait que ça: on m'avait prévénu, mais c'est aussi l'un des romans où Fleming est à son plus détestable niveau bigoterie: oui, on commence à connaître le gaillard depuis le temps, mais il faut croire qu'il s'était retenu jusque là. Goldfinger est le tome où transparaît le plus ouvertement le racisme et l'homophobie de Fleming, et rien que pour ça je vous le déconseille.

Côté racisme, c'est le pauvre personnage de l'homme de main de Goldfinger, Oddjob, qui en fait les frais: c'est dommage parce qu'il avait de quoi faire avec son chapeau melon avec une lame de rasoir et sa connaissance des arts martiaux - l'une des trois seules personnes au monde qui connaissent le karaté", selon Goldfinger. Autant je conçois qu'en 1957 les Occidentaux ne connaissent pas, mais de là à affirmer qu'il y a que trois ploucs qui connaissent cet art martial pas très connu c’est vrai...
Pour une raison qui m'échappe, là où Fleming était seulement… embarrassant avec ses commentaires sur les Afro-Américains, en ce qui concerne les Coréens (la nationalité de OddJob) il passe en mode full facho. OK, c'est le méchant de l'histoire, Goldfinger, qui affirme que c'est l'une des races les plus cruelles du monde et qui donne son chat à DINER pour le récompenser...Mais plus tard, Bond, frustré d’être captif, se met ouvertement à l’insulter en le traitant constamment de “primate”.  

Dr. No: Pulp fiction

Le Pitch: Suite à la disparition d'un agent de liaison en Jamaïque, Bond est envoyé pour aller renifler la piste. La mission est en réalité une punition pour Bond de la part de M., et pour quelqu'un comme Bond, cela consiste à l'envoyer se dorer la pillule sous les tropiques (l'inverse de Bienvenue chez les Ch'tis, en gros). Car à part une petite altercation au sujet d'une espèce protégée de cormoran sur l'île de Crab Key, l'affaire ne semble pas très sérieuse. Ah oui, c'est vrai, et l'île est devenue presque impénétrable depuis qu'un certain Docteur sino-allemand au patronyme à consonnance négative. Mais c'est sans doute sans lien...

Le Résumé: en continuant mes pérégrinations flemingiennes, je commence à visualer une sorte de cadran sur le niveau de plausibilité de l'intrigue. Je dois dire que j'adore quand l'aiguille pointe vers plus de réalisme, comme dans Casino Royale ou Moonraker. Après avoir lu Dr. NO, je sais maintenant que Fleming peut être tout à fait appréciable quand au contraire l'indicateur pointe vers l'extrême inverse, en poussant les manettes vers le côté complètement WTF. Je pense que j'ai moins apprécié LIVE AND LET DIE ou DIAMONDS ARE FOREVER parce que l'aiguille pointait toujours au milieu, ni trop réaliste ni trop foufou non plus. Avec Dr. NO, on entre de plein pied dans le côté "pulp" de Bond, à savoir des méchants diaboliques avec des pinces mécaniques à la place des mains, un véhicule dragon et une belle sauvage ingénue, pour finir avec un combat face à un calamar géant. J'imagine que ce résumé ne sera pas du gout de tout le monde, mais pour moi ça aura marché: quitte à ne pas être réaliste sur le monde de l'espionnage, autant faire absolument n'importe quoi !

Titre éponyme oblige, parlons du Docteur. Il est clair que Fleming essaye de créer un méchant absolument iconique, et le roman est un roulement de tambour constant avant son entrée en scène, qui heureusement n'est pas ratée. Julius No a une vraie aura et une origin story plutôt fascinante. C'est pour ça que si j'ai adoré le personnage, j'ai comme beaucoup de lecteur été d'autant plus déçu de la fin anti-climactique qui lui est réservée (spoilers?). 

Là où Fleming me déçoit vraiment, c'est dans le traitement de son personnage féminin: c'est clair, on a atteint un nouveau palier. Honeychile Rider est tout droit issue du rêve fiévreux adolescent, une créature de rêve qui apparaît nue dans sa première scène, semble être une sorte de sauvageonne à la fois complètement innocente et en même temps assez aguicheuse, ce qui me semble un peu contradictoire. Et c'est assez perturbant à quel point le scénario et Bond l'infantilise (parce que vu ses mensurations, ce n'est clairement pas une enfant!) en l'appelant régulièrement "child", et en la faisant quasiment...adopter à un couple à la fin? Bref, vous me direz, une bimbo blonde à moitié élevée par des animaux de la forêt mais en même temps figure de mode, c'est presque intégral au genre du pulp. C'est juste que j'attendais quelque chose d'un peu moins bas du front quand même. J'ai à la limite plus cru à l'histoire d'amour tragique entre Bond et son ancien flingue (sérieusement, pendant une bonne partie du bouquin Bond n'arrive pas à se remettre du fait qu'on lui ai confisqué son fidèle Beretta pour le troquer contre un Walter PPK).

 

lundi 24 janvier 2022

From Russia With Love: Propagande

 Le Pitch:

La Critique: je dois dire que j'ai tendance à apprécier quand Fleming cherche à passer au shaker l'habituelle formule de ses Bonderies. S'il y a une partie que j'ai adoré, c'était le premier tiers du livre - ce qui est inquiétant pour la suite, c'est qu'il s'agit de toute la partie sans Bond.
En effet, Bons Baisers de Russie démarre dans la Mère Patrie de l'autre bloc, et Fleming s'amuse à livrer un défiler d'adversaires aussi débridés les uns que les autres, donc un bodybuilder irlandais aux tendances lycanthropes, un champions d'échec froid et calculateurs, et la merveilleuse caricature de mégère soviétique qu'est Rosa Klebb. Après avoir passé 4 romans  a même droit à une réunion des hautes instances de SMERSH,

Diamonds are Forever: Diamants Interminables


Le Pitch: Bond doit remonter la piste d'un traffic de diamants sous couverture. Ce faisant, il rencontre les maillons de la chaîne le long des Etats-Unis de New York à Las Vegas.


Hum...comment dire. A un moment, Bond et l'héroine se retrouvent à devoir de déplacer sur un chemin de fer avec une wagon tireur.

C’est un peu comme ça que j’ai ressenti ma lecture.

C'est en effet le premier Ian Fleming où je me suis vraiment ennuyé pendant une bonne portion de l'intrigue. Pourtant, le départ était prometteur: pour la première fois, on allait voir Bond devoir accomplir une mission sous couverture ! Hélas, c'était oublier quelque chose dont je commençais à me rendre compte: James Bond est un très mauvais espion. Dans ce tome, alors qu'on le maquille et qu'on lui explique les particularités de sa nouvelle identité, au chapitre suivant -sans nul doute parce qu'il se trouve face à une blonde en sous-tif, le bougre insiste (même s'il se fait toujours passer pour un trafiquant) pour dire que son véritable nom est James Bond. Pourquoi?!

Ce ne sera pas la première ni dernière instance où son incompétence prend le devant: arrivé à Las Vegas, il découvre en débarquant à l'aéroport un distributeur à oxygène. Il ne peut pas résister à la tentation de se défoncer un petit peu, alors que le gars est en mission! Evidemment, étant quelque peu défoncé, il attire malencontreusement l'attention sur lui par la faction ennemi pour cette gaminerie. A ce niveau, son matricule devrait pas être double zéro sept mais plutôt triple andouille.

Cette anecdote du distributeur est symptomatique de ce qui marche et ne marche pas dans l'écriture de Fleming. Cela marche car beaucoup des James Bond sont basés sur des voyages réellement effectués par l'auteur, qui donne une vraisemblance et une authenticité à l'ensemble: dans les meilleurs passages, on a l'impression d'être dans ces contrées étrangères, tant le niveau de détail est photographique. Par contre, ça donne aussi lieu à des passages plutôt longuets où l'histoire n'avance pas, comme les scènes de courses hippiques et de passages aux bains de boue, qui boursoufflent l'intrigue. A contrario, des environnements plus inventifs - car inventés - comme la ville-fantôme de Spectre, repaire des méchants, sont beaucoup trop rapidement expédiés.

Par ailleurs, les méchants sont également l'un des points faibles de ce volume. Le pluriel y est pour quelque chose: nous n'avons pas le droit à un antagoniste haut en couleurs, mais plusieurs aux teintes un peu délavées. Il s'agit de maillons mafieux, sur la chaîne du traffic que remonte James: un propriétaire bossu douteux qui n'apparaît que dans un chapitre, les frères Spangle, chacun n'apparaissant que rarement. Ce qui se rapproche le plus d'une menace constante est le duo de tueurs qui ponctuent le périple de Bond, mais eux-mêmes sont peu développés: quasiment pas de dialogue, quelques malformations physiques notables (un albinisme et une...verrue au doigt plus importante qu'il n'y paraît) et le fait qu'ils soient homosexuels, ce qui semble être une tare dans l'esprit Flemingien.

S'il y a un élément à sauver dans ce tome très poussif, il s'agit franchement de l'élément sur lequel j'aurais le moins parié: la James Bond Girl, ici miss Tiffany Case. La première blonde parmi ses conquête est mémorable, à la fois par son origin story assez tragique, et surtout parce qu'elle donne lieu à des scènes de dialogues qui permettent à Bond de véritablement livrer ses sentiments -notamment des réflexions sur le mariage. L'alchimie entre les deux prend vraiment, on se prend presque à espérer qu'il s'agisse de la bonne! Pour la première fois, Fleming donne du relief à un personnage féminin autrement que par son bonnet de soutien-gorge (quoique sa première scène fasse très affiche pin-up), et ça c'est un sacré progrès.

Bref, un tome assez terne malgré quelques facettes qui brillent ça et là.

vendredi 14 janvier 2022

Moonraker: la série décolle enfin

Ah ! Le voilà ! Le roman que je n'attendais plus.

Résumé des épisodes précédents: démarrer cette série avait été une douche froide, car mes espoirs de trouver un James Bond plus ancré dans la réalité et plus profond était ce à quoi je m'attendais, ainsi qu'un vrai roman d'espionnage qui montrerait un peu la réalité du terrain et du monde dans les années 50. Au final, ce livre existe, il s'agit du troisième tome de la saga, et je suis content de ne pas avoir décroché avant celui-là.


Et ça démarre bien dès le début, qui nous offre la vraie première fois que nous voyons la réalité quotidienne de ce vieux James quand il n'est pas envoyé à Pétinouchnock combattre un génie du mal avec un appendice en moins. On le découvre dans son rôle de fonctionnaire d'état, on explore un peu plus les quartiers généraux du M16, et, comme quoi tout arrive, Ian Fleming arrive à représenter la psychologie d'un personnage féminin, une secrétaire, où il retranscrit poétiquement la détresse personnelle de cette professions en quelques paragraphe. Bon, malheureusement, elle ne sera pas la James Bond Girl du jour, l'honneur revenant à Garland - mais même elle sort du lot parmi les autres, car elle finira pas ne pas coucher avec lui! Comme vous voyez, un tome remarquable à plus d'un titre.



En réalité, et je n'y croyais pas tout du long, jamais ce tome ne quitte le sol de cette bonne vieille Angleterre, ce qui reste rare dans cette collection, surtout que si vous avez des images de Roger Moore en costume d'astronaute déambuler dans l'espace dans l'adaptation filmique du tome, qui prouve à quel point la version ciné est à des années lumières de l'original. Comme Fleming ne se perd pas en digressions pour expliquer avec son ton colonialiste sa compréhension d'une culture exotique, il prend plus de temps pour développer ses personnages, leurs relations (surtout entre James et M), et jouer sur la tension et la paranoïa constante dans ce volume qui s'intéresse aux dangers de la course à l'armement. Du coup, c'est un tome où la Guerre Froide transpire (ou frisonne?), et où le chapitrage même apparaît comme un compte à rebours avant le décollage fatal du missile éponyme.
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Le méchant, que l'on repère à des kilomètres grâce à sa couleur de cheveux (signe Flemingien pour signaler que c'est lui l'antagoniste) est également assez mémorable.

J'aimerais que Fleming écrive plus de tomes dans ce goût là. Il n'est jamais plus mordant et juste que quand il décrit l'atmosphère anglaise, et passer moins de temps à jouer les Guide du Routard Colonialiste lui permet de donner l'impression que ses personnages ne sont pas en carton. Si je n'ai qu'un tome de James Bond a conseiller, ce serait celui-là.

 


Live and Let Die: pitié, non, pas l'accent !


 Live and Let Die:

Le Pitch:

James Bond se la joue Englishman in New York, envoyé par le M16 pour enquêter sur la provenance douteuse de doublons vraisemblablement issus du trésor d'un pirate (Ian Fleming a demandé le scénario à son petit neveu de 5 ans). Un piste qui l'entraîne dans les quartiers d'Harlem et son chef mafieux Mr. Big, puis de Floride jusqu'en Jamaïque, au son des tams-tams oppressants du mysticisme vaudou qui semble rythmer cette aventure...

Le résumé:

Deuxième entrée dans le canon litéraire Bondien. Je m’étais dit que c’était le deuxième qui allait décider si j’allais continuer l’aventure après. Au final, ça a été le cas, même s'il faut bien avouer qu'il y a beaucoup à redire.


Dans ce deuxième livre, on découvre pour la première fois une formule qui va rester célèbre et sera régulièrement utilisée dans les films: la Fleming Sweep, ou un déroulé d’étapes typiques d’une histoire de Bond (structure que ne suivait pas vraiment le premier bouquin).

En gros:

1. Bond rencontre M., qui lui expose la mission, s'il l'accepte. Evidemment, il l'accepte.

2. Bond arrive à *insérer destination exotique pour l'anglais moyen des années 50 qui a jamais quitté les frontières de son Westerfordshire natal *

3. Bond rencontre/ est capturé par le méchant *insérer terme raciste*

4. Bond rencontre *insérer ici personnage féminin stéréotypé*

5. Bond retombe sur le méchant.

6. Bond survit et peut enfin profiter de ses vacances ET/OU de sa partenaire du jour.


Du coup, l'intrigue est un peu plus prévisible car elle ne fait que suivres les rails (d'autant que Fleming, à part les voitures qui font vroum-vroum, adore également passer du temps à décrire les tchous-tchous). Il n'empêche, c'est le deuxième tome qui m'a fait découvrir que son style n'est en réalité pas si aseptisé et factuel que ça: il est capable d'un humour assez mordant, et peut parfois partir dans des digressions assez surprenante (je pense notamment à ce long passage de la peur des avions de Bond, qui détonne un peu avec le reste mais qui est superbement écrit).


Parmi les critiques que j'ai à adresser à ce roman, on constate qu'après avoir exploré le sexisme de Fleming dans Casino Royale, nous pouvons ici nous attaquer à...roulement de tambours...son RACISME


Alors attention, le livre n'est pas frontalement raciste. Fleming semble déjà vouloir faire attention à ce qu'il va dire, et mettre en avant les aspects qu'il apprécie le plus chez les Afro-Américains, parmi lesquels le jazz, et...euhm… et c'est tout. Aussi, Fleming est un de ces types qui prend plaisir à raconter ses vacances de deux semaines dans un pays exotique et qui du coup pense avoir compris la psychée profonde de toute une culture. Ici, il nous fait part de ses opinions sur la communauté Afro-américaine, et on apprend qu’apparemment tous sans exception, ont une foi innée dans la religion vaudoue (what?). Ah, et accrochez vos mirettes pour des passages entiers où Fleming montre, tout fier de lui, comment retranscrire l’accent Afro-américain à l'écrit. C’est exactement aussi embarrassant que vous pouvez l'imaginez, et le pire est qu’on a droit à des tartines de pages rédigées comme ça. (Comme quoi Michel Leeb n’a rien inventé !). C'est en écoutant à son insu un couple de couleur discuter que Bond en arrive à la conclusion qu'ils ont finalement les mêmes problèmes et intérêt que tout le monde (c'est presque comme si c'était des être humains en fait!).


Du coup, ça laisse moins de temps à Fleming pour caser quelques remarques sexistes, mais également à développer la James Bond girl du jour, Solitaire, première d'une série de potiches dans la série - Vesper Lyndt avait au moins une personnalité. 


Au final, un tome qui est constamment en mouvement mais où on n'a pas le temps de s'attacher à grand chose, et le peu de moment où l'on s'attarde reste assez maladroit. 





jeudi 13 janvier 2022

Casino Royale (1953) : Poker dans ta Face

Le Pitch:

La petite bourgade huppée de Royale-les-Eaux est un vrai nid d'espions: plusieurs factions sont rassemblées pour voir qui saura bluffer l'autre. Ainsi, lorsque Le Chiffre joue son va-tout pour empocher le pactole et éponger ses dettes pour l'agence SMERSH, le M16 choisit pour contrer ses plans d'envoyer leur meilleure carte: l'agent tout fraîchement matriculé de son 007, James Bond. Flanqué (à son corps défendant) de la délicieuse Vesper Lyndt, l'agent secret fera de son mieux pour faire pencher le hasard en sa faveur.

La Critique:

Il est aujourd'hui impossible de rentrer dans ces romans complètement vierge (de toute façon Bond se chargerait de nous dépuceler vite fait) sans idées préconçues du personnage. Du coup une comparaison constante du Bond littéraire et filmique est inévitable pour tout(e) lecteur(rice) qui s'y attelle. Pas forcément une mauvaise chose: cela mène à certaines attentes et mais également d'autres découvertes.

Alors bien sûr, on frétille dès que certains prérequis du cahier des charges Bondesque sont cochés, comme la cultissime introduction “Bond. James Bond” qui apparaît sans crier gare lors d'une page. Une réplique sans doute anodine à l'époque, mais qui résonne tellement à présent. Après tout, c'est pour ça qu'on lit Casino Royale aujourd'hui: pour assister à la naissance d'une légende de la pop-culture.


Le style de Fleming est comme son agent. Froid, efficace, arrogant par moment,. Beaucoup ont commenté sa suritilisation des marques, un peu comme s'il augurait les futurs placements de produits des films: dès que Bond fume, on a droit à une description de son briquet et à la marque de cigarette de prédilection. Plus généralement, le luxe de Royale-les-Eaux se complait dans l'opulence: il suffit que son héros aille au restau pour qu’on sache exactement quelles entrées, plats et desserts il prendra. Le héros apparaît très tatillon sur ses costumes ou la préparation exacte de son vodka martini: franchement, je serais le barman, je lui proposerais qu'il le fasse lui-même, son p*tain de cocktail, si c'est si spécifique que ça.


Bon, il est aussi grand temps d’évoquer le Point Godwin de toute critique de Bond: le sexisme. Les films anciens s’y complaisaient, les plus récents en jouent et le subvertissant. On revient de loin: dès que Bond append qu’il doit travailler avec un être humain avec deux chromosomes X, il part directement en mode “pourquoi? On va pas à un pique-nique”. C’est très bizarre parce qu’autant Fleming laisse planer pas mal de mystère autour de son héros, mais j’ai envie de dire tant mieux, car certains monologues intérieurs de Bond ne donnent pas envie de mieux le connaître. Le livre est clairement déconseillé pour cet aspect, notamment la mention dégeulasse. “Faire l’amour avec elle aurait pour toujours la saveur métallique du viol.” Personnellement j'ai un mauvais gout dans la bouche.


En lisant ce livre, et en sachant que Ian Fleming avait vraiment travaillé pour le M16, je recherchais avant tout à découvrir la réalité de la vie quotidienne d'un agent secret en ce début de guerre froide. Mais au final, Fleming passe son temps à décrire ce qui l'intéresse: les poursuites en bagnoles qui font vroum vroum, et l'ambiance des casinos. Les jeux de cartes sont décrits dans le moindre détails, comme un match de boxe, sauf que chaque rebondissements durant la partie tombait à plat pour le néophyte que je suis: à chaque fois que la carte était retournée, les personnages allait tous de leur réaction de surprise, tandis que moi je ne pouvais que me demander "qu'est-ce qu'y'a ? C'est bon ou c'est pas bon?".


Par contre, j'avais beau n'y comprendre fichtre rien, je n'arrivais pas à ne pas me rendre compte de l'absurdité du plan du M16: régler tout ça avec des mises colossales sur...un jeu de hasard? Voilà où vont nos impôts?! Un sacré scandale, pourtant traité avec le plus grand sérieux sans la moindre remise en question.


Au final, qu'en tirer? J'ai maintenant vu la genèse de Bond, qui apparaît déjà un peu fatigué et blasé dès les premières pages, et assez peu attachant. Pas de découvertes sur la vraie vie des espions, mais un impression prégnante de l'ambiance de méfiance en ce début de guerre froide. Une scène de torture surprenamement violente, où n'importe quel lecteur masculin ne pourra s'empêcher de grincer des dents (toi même tu sais). Et en ce qui concerne la comparaison avec le film de Craig, c'était aussi étonnemment fidèle dans le ton.






Ian Fleming Challenge (ou "Le Tour du Bond en 14 tomes")



J’ai un crime à confesser: vous voyez ces cabines à livres dans certaines petites bourgades, où vous pouvez prendre un livre avec la condition implicite de refourguer l’un des vôtres en échange? En général, le catalogue se résume souvent à des vieux Harlequins, deux trois bouquins sur la guérison par cristaux qui se battent en duel et une biographie de Mitterand. 

Sauf qu’un jour j’ai découvert ni plus ni moins qu’une tripotée de romans de James Bond en V.O. (Des vieilles éditions Pan Books de 1967, ce qui veut dire que l’auteur était encore vivant à l’époque!). 

J'ai regardé alentours pour être sûr que personne ne m'observait, et j’ai pris la totalité des bouquins. 

Après cette prise, j’ai mis quelque temps à remplacer par le nombre équivalent. J’étais pas peu fier de cette collection qui trônait sur mon bureau et j’attendais le moment propice pour me frotter à cette icône de la littérature qui débordé sur le cinéma. 

Attention: je n’ai jamais été un vrai fan de James Bond. En bon trentenaire, dans ma tête le personnage a longtemps été le sémillant Pierce Brosnan, mais même petiot les rares fois où je tombais sur une rediffusion à la télé je trouvais que la série était complètement oveurzetaupe avec ses gadgets improbables et son héros apparemment tellement résistant qu'il devait être fait d'un acier aussi bien trempé que son humour. Quand Daniel Craig a déboulé avec son côté brute de décoffrage, je me suis ré-intéressé au personnage. Et quand nombre de critiques ont applaudi dans cette nouvelle version un retour aux sources livresques du personnage, je me suis promis de les lire un jour.

Il m’a fallu environ un an,  un déménagement et l’approche d’un énième film pour finalement piocher le premier de la série et commencer à lire les premières pages.

Sincèrement, c’est…intéressant. Il y a énormément de défauts, principalement dans l’attitude générale des bouquins, mais même ses éléments sont fascinants, dans le sens où les côtés sexistes et impérialitstes de Ian Fleming sont quelques choses à la foi d

A l'heure où j'écris ces lignes, j'en ai lu 9, et j'estime qu'à ce stade, euh, autant tout lire. Je compte en profiter pour vous donner mes petites critiques une à une. Je mettrais à jour les liens.


Voici donc la liste des bouquins en question:

Casino Royale 
Live and Let Die (Vivre et Laisser Mourir)
Moonraker
Diamonds are Forever (Les Diamants sont Eternels)
From Russia, with Love (Bons Baisers de Russie)
Dr. No 
Goldfinger
For Your Eyes Only (Rien que pour Vos Yeux)
Thunderball (Opération Tonnerre)
The Spy Who Loved Me (L'espion qui M'aimait)

Goldfinger : L'ami Midas

Je continue ma série de critiques face aux différents volumes de James Bond dans l’ordre.   Le Pitch: Par hasard, Bond se retrouve à enquête...