Le Pitch:
La petite bourgade huppée de Royale-les-Eaux est un vrai nid d'espions: plusieurs factions sont rassemblées pour voir qui saura bluffer l'autre. Ainsi, lorsque Le Chiffre joue son va-tout pour empocher le pactole et éponger ses dettes pour l'agence SMERSH, le M16 choisit pour contrer ses plans d'envoyer leur meilleure carte: l'agent tout fraîchement matriculé de son 007, James Bond. Flanqué (à son corps défendant) de la délicieuse Vesper Lyndt, l'agent secret fera de son mieux pour faire pencher le hasard en sa faveur.
La Critique:
Il est aujourd'hui impossible de rentrer dans ces romans complètement vierge (de toute façon Bond se chargerait de nous dépuceler vite fait) sans idées préconçues du personnage. Du coup une comparaison constante du Bond littéraire et filmique est inévitable pour tout(e) lecteur(rice) qui s'y attelle. Pas forcément une mauvaise chose: cela mène à certaines attentes et mais également d'autres découvertes.
Alors bien sûr, on frétille dès que certains prérequis du cahier des charges Bondesque sont cochés, comme la cultissime introduction “Bond. James Bond” qui apparaît sans crier gare lors d'une page. Une réplique sans doute anodine à l'époque, mais qui résonne tellement à présent. Après tout, c'est pour ça qu'on lit Casino Royale aujourd'hui: pour assister à la naissance d'une légende de la pop-culture.
Le style de Fleming est comme son agent. Froid, efficace, arrogant par moment,. Beaucoup ont commenté sa suritilisation des marques, un peu comme s'il augurait les futurs placements de produits des films: dès que Bond fume, on a droit à une description de son briquet et à la marque de cigarette de prédilection. Plus généralement, le luxe de Royale-les-Eaux se complait dans l'opulence: il suffit que son héros aille au restau pour qu’on sache exactement quelles entrées, plats et desserts il prendra. Le héros apparaît très tatillon sur ses costumes ou la préparation exacte de son vodka martini: franchement, je serais le barman, je lui proposerais qu'il le fasse lui-même, son p*tain de cocktail, si c'est si spécifique que ça.
Bon, il est aussi grand temps d’évoquer le Point Godwin de toute critique de Bond: le sexisme. Les films anciens s’y complaisaient, les plus récents en jouent et le subvertissant. On revient de loin: dès que Bond append qu’il doit travailler avec un être humain avec deux chromosomes X, il part directement en mode “pourquoi? On va pas à un pique-nique”. C’est très bizarre parce qu’autant Fleming laisse planer pas mal de mystère autour de son héros, mais j’ai envie de dire tant mieux, car certains monologues intérieurs de Bond ne donnent pas envie de mieux le connaître. Le livre est clairement déconseillé pour cet aspect, notamment la mention dégeulasse. “Faire l’amour avec elle aurait pour toujours la saveur métallique du viol.” Personnellement j'ai un mauvais gout dans la bouche.
En lisant ce livre, et en sachant que Ian Fleming avait vraiment travaillé pour le M16, je recherchais avant tout à découvrir la réalité de la vie quotidienne d'un agent secret en ce début de guerre froide. Mais au final, Fleming passe son temps à décrire ce qui l'intéresse: les poursuites en bagnoles qui font vroum vroum, et l'ambiance des casinos. Les jeux de cartes sont décrits dans le moindre détails, comme un match de boxe, sauf que chaque rebondissements durant la partie tombait à plat pour le néophyte que je suis: à chaque fois que la carte était retournée, les personnages allait tous de leur réaction de surprise, tandis que moi je ne pouvais que me demander "qu'est-ce qu'y'a ? C'est bon ou c'est pas bon?".
Par contre, j'avais beau n'y comprendre fichtre rien, je n'arrivais pas à ne pas me rendre compte de l'absurdité du plan du M16: régler tout ça avec des mises colossales sur...un jeu de hasard? Voilà où vont nos impôts?! Un sacré scandale, pourtant traité avec le plus grand sérieux sans la moindre remise en question.
Au final, qu'en tirer? J'ai maintenant vu la genèse de Bond, qui apparaît déjà un peu fatigué et blasé dès les premières pages, et assez peu attachant. Pas de découvertes sur la vraie vie des espions, mais un impression prégnante de l'ambiance de méfiance en ce début de guerre froide. Une scène de torture surprenamement violente, où n'importe quel lecteur masculin ne pourra s'empêcher de grincer des dents (toi même tu sais). Et en ce qui concerne la comparaison avec le film de Craig, c'était aussi étonnemment fidèle dans le ton.

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