L’énième blog de Théophile Peuplier
lundi 31 janvier 2022
Goldfinger : L'ami Midas
Dr. No: Pulp fiction
lundi 24 janvier 2022
From Russia With Love: Propagande
Le Pitch:
La Critique: je dois dire que j'ai tendance à apprécier quand Fleming cherche à passer au shaker l'habituelle formule de ses Bonderies. S'il y a une partie que j'ai adoré, c'était le premier tiers du livre - ce qui est inquiétant pour la suite, c'est qu'il s'agit de toute la partie sans Bond.
En effet, Bons Baisers de Russie démarre dans la Mère Patrie de l'autre bloc, et Fleming s'amuse à livrer un défiler d'adversaires aussi débridés les uns que les autres, donc un bodybuilder irlandais aux tendances lycanthropes, un champions d'échec froid et calculateurs, et la merveilleuse caricature de mégère soviétique qu'est Rosa Klebb. Après avoir passé 4 romans a même droit à une réunion des hautes instances de SMERSH,
Diamonds are Forever: Diamants Interminables
Le Pitch: Bond doit remonter la piste d'un traffic de diamants sous couverture. Ce faisant, il rencontre les maillons de la chaîne le long des Etats-Unis de New York à Las Vegas.
Hum...comment dire. A un moment, Bond et l'héroine se retrouvent à devoir de déplacer sur un chemin de fer avec une wagon tireur.
C’est un peu comme ça que j’ai ressenti ma lecture.
C'est en effet le premier Ian Fleming où je me suis vraiment ennuyé pendant une bonne portion de l'intrigue. Pourtant, le départ était prometteur: pour la première fois, on allait voir Bond devoir accomplir une mission sous couverture ! Hélas, c'était oublier quelque chose dont je commençais à me rendre compte: James Bond est un très mauvais espion. Dans ce tome, alors qu'on le maquille et qu'on lui explique les particularités de sa nouvelle identité, au chapitre suivant -sans nul doute parce qu'il se trouve face à une blonde en sous-tif, le bougre insiste (même s'il se fait toujours passer pour un trafiquant) pour dire que son véritable nom est James Bond. Pourquoi?!
Ce ne sera pas la première ni dernière instance où son incompétence prend le devant: arrivé à Las Vegas, il découvre en débarquant à l'aéroport un distributeur à oxygène. Il ne peut pas résister à la tentation de se défoncer un petit peu, alors que le gars est en mission! Evidemment, étant quelque peu défoncé, il attire malencontreusement l'attention sur lui par la faction ennemi pour cette gaminerie. A ce niveau, son matricule devrait pas être double zéro sept mais plutôt triple andouille.
Cette anecdote du distributeur est symptomatique de ce qui marche et ne marche pas dans l'écriture de Fleming. Cela marche car beaucoup des James Bond sont basés sur des voyages réellement effectués par l'auteur, qui donne une vraisemblance et une authenticité à l'ensemble: dans les meilleurs passages, on a l'impression d'être dans ces contrées étrangères, tant le niveau de détail est photographique. Par contre, ça donne aussi lieu à des passages plutôt longuets où l'histoire n'avance pas, comme les scènes de courses hippiques et de passages aux bains de boue, qui boursoufflent l'intrigue. A contrario, des environnements plus inventifs - car inventés - comme la ville-fantôme de Spectre, repaire des méchants, sont beaucoup trop rapidement expédiés.
Par ailleurs, les méchants sont également l'un des points faibles de ce volume. Le pluriel y est pour quelque chose: nous n'avons pas le droit à un antagoniste haut en couleurs, mais plusieurs aux teintes un peu délavées. Il s'agit de maillons mafieux, sur la chaîne du traffic que remonte James: un propriétaire bossu douteux qui n'apparaît que dans un chapitre, les frères Spangle, chacun n'apparaissant que rarement. Ce qui se rapproche le plus d'une menace constante est le duo de tueurs qui ponctuent le périple de Bond, mais eux-mêmes sont peu développés: quasiment pas de dialogue, quelques malformations physiques notables (un albinisme et une...verrue au doigt plus importante qu'il n'y paraît) et le fait qu'ils soient homosexuels, ce qui semble être une tare dans l'esprit Flemingien.
S'il y a un élément à sauver dans ce tome très poussif, il s'agit franchement de l'élément sur lequel j'aurais le moins parié: la James Bond Girl, ici miss Tiffany Case. La première blonde parmi ses conquête est mémorable, à la fois par son origin story assez tragique, et surtout parce qu'elle donne lieu à des scènes de dialogues qui permettent à Bond de véritablement livrer ses sentiments -notamment des réflexions sur le mariage. L'alchimie entre les deux prend vraiment, on se prend presque à espérer qu'il s'agisse de la bonne! Pour la première fois, Fleming donne du relief à un personnage féminin autrement que par son bonnet de soutien-gorge (quoique sa première scène fasse très affiche pin-up), et ça c'est un sacré progrès.
Bref, un tome assez terne malgré quelques facettes qui brillent ça et là.
vendredi 14 janvier 2022
Moonraker: la série décolle enfin
Live and Let Die: pitié, non, pas l'accent !
Live and Let Die:
Le Pitch:
James Bond se la joue Englishman in New York, envoyé par le M16 pour enquêter sur la provenance douteuse de doublons vraisemblablement issus du trésor d'un pirate (Ian Fleming a demandé le scénario à son petit neveu de 5 ans). Un piste qui l'entraîne dans les quartiers d'Harlem et son chef mafieux Mr. Big, puis de Floride jusqu'en Jamaïque, au son des tams-tams oppressants du mysticisme vaudou qui semble rythmer cette aventure...
Le résumé:
Deuxième entrée dans le canon litéraire Bondien. Je m’étais dit que c’était le deuxième qui allait décider si j’allais continuer l’aventure après. Au final, ça a été le cas, même s'il faut bien avouer qu'il y a beaucoup à redire.
Dans ce deuxième livre, on découvre pour la première fois une formule qui va rester célèbre et sera régulièrement utilisée dans les films: la Fleming Sweep, ou un déroulé d’étapes typiques d’une histoire de Bond (structure que ne suivait pas vraiment le premier bouquin).
En gros:
1. Bond rencontre M., qui lui expose la mission, s'il l'accepte. Evidemment, il l'accepte.
2. Bond arrive à *insérer destination exotique pour l'anglais moyen des années 50 qui a jamais quitté les frontières de son Westerfordshire natal *
3. Bond rencontre/ est capturé par le méchant *insérer terme raciste*
4. Bond rencontre *insérer ici personnage féminin stéréotypé*
5. Bond retombe sur le méchant.
6. Bond survit et peut enfin profiter de ses vacances ET/OU de sa partenaire du jour.
Du coup, l'intrigue est un peu plus prévisible car elle ne fait que suivres les rails (d'autant que Fleming, à part les voitures qui font vroum-vroum, adore également passer du temps à décrire les tchous-tchous). Il n'empêche, c'est le deuxième tome qui m'a fait découvrir que son style n'est en réalité pas si aseptisé et factuel que ça: il est capable d'un humour assez mordant, et peut parfois partir dans des digressions assez surprenante (je pense notamment à ce long passage de la peur des avions de Bond, qui détonne un peu avec le reste mais qui est superbement écrit).
Parmi les critiques que j'ai à adresser à ce roman, on constate qu'après avoir exploré le sexisme de Fleming dans Casino Royale, nous pouvons ici nous attaquer à...roulement de tambours...son RACISME!
Alors attention, le livre n'est pas frontalement raciste. Fleming semble déjà vouloir faire attention à ce qu'il va dire, et mettre en avant les aspects qu'il apprécie le plus chez les Afro-Américains, parmi lesquels le jazz, et...euhm… et c'est tout. Aussi, Fleming est un de ces types qui prend plaisir à raconter ses vacances de deux semaines dans un pays exotique et qui du coup pense avoir compris la psychée profonde de toute une culture. Ici, il nous fait part de ses opinions sur la communauté Afro-américaine, et on apprend qu’apparemment tous sans exception, ont une foi innée dans la religion vaudoue (what?). Ah, et accrochez vos mirettes pour des passages entiers où Fleming montre, tout fier de lui, comment retranscrire l’accent Afro-américain à l'écrit. C’est exactement aussi embarrassant que vous pouvez l'imaginez, et le pire est qu’on a droit à des tartines de pages rédigées comme ça. (Comme quoi Michel Leeb n’a rien inventé !). C'est en écoutant à son insu un couple de couleur discuter que Bond en arrive à la conclusion qu'ils ont finalement les mêmes problèmes et intérêt que tout le monde (c'est presque comme si c'était des être humains en fait!).
Du coup, ça laisse moins de temps à Fleming pour caser quelques remarques sexistes, mais également à développer la James Bond girl du jour, Solitaire, première d'une série de potiches dans la série - Vesper Lyndt avait au moins une personnalité.
Au final, un tome qui est constamment en mouvement mais où on n'a pas le temps de s'attacher à grand chose, et le peu de moment où l'on s'attarde reste assez maladroit.
jeudi 13 janvier 2022
Casino Royale (1953) : Poker dans ta Face
Le Pitch:
La petite bourgade huppée de Royale-les-Eaux est un vrai nid d'espions: plusieurs factions sont rassemblées pour voir qui saura bluffer l'autre. Ainsi, lorsque Le Chiffre joue son va-tout pour empocher le pactole et éponger ses dettes pour l'agence SMERSH, le M16 choisit pour contrer ses plans d'envoyer leur meilleure carte: l'agent tout fraîchement matriculé de son 007, James Bond. Flanqué (à son corps défendant) de la délicieuse Vesper Lyndt, l'agent secret fera de son mieux pour faire pencher le hasard en sa faveur.
La Critique:
Il est aujourd'hui impossible de rentrer dans ces romans complètement vierge (de toute façon Bond se chargerait de nous dépuceler vite fait) sans idées préconçues du personnage. Du coup une comparaison constante du Bond littéraire et filmique est inévitable pour tout(e) lecteur(rice) qui s'y attelle. Pas forcément une mauvaise chose: cela mène à certaines attentes et mais également d'autres découvertes.
Alors bien sûr, on frétille dès que certains prérequis du cahier des charges Bondesque sont cochés, comme la cultissime introduction “Bond. James Bond” qui apparaît sans crier gare lors d'une page. Une réplique sans doute anodine à l'époque, mais qui résonne tellement à présent. Après tout, c'est pour ça qu'on lit Casino Royale aujourd'hui: pour assister à la naissance d'une légende de la pop-culture.
Le style de Fleming est comme son agent. Froid, efficace, arrogant par moment,. Beaucoup ont commenté sa suritilisation des marques, un peu comme s'il augurait les futurs placements de produits des films: dès que Bond fume, on a droit à une description de son briquet et à la marque de cigarette de prédilection. Plus généralement, le luxe de Royale-les-Eaux se complait dans l'opulence: il suffit que son héros aille au restau pour qu’on sache exactement quelles entrées, plats et desserts il prendra. Le héros apparaît très tatillon sur ses costumes ou la préparation exacte de son vodka martini: franchement, je serais le barman, je lui proposerais qu'il le fasse lui-même, son p*tain de cocktail, si c'est si spécifique que ça.
Bon, il est aussi grand temps d’évoquer le Point Godwin de toute critique de Bond: le sexisme. Les films anciens s’y complaisaient, les plus récents en jouent et le subvertissant. On revient de loin: dès que Bond append qu’il doit travailler avec un être humain avec deux chromosomes X, il part directement en mode “pourquoi? On va pas à un pique-nique”. C’est très bizarre parce qu’autant Fleming laisse planer pas mal de mystère autour de son héros, mais j’ai envie de dire tant mieux, car certains monologues intérieurs de Bond ne donnent pas envie de mieux le connaître. Le livre est clairement déconseillé pour cet aspect, notamment la mention dégeulasse. “Faire l’amour avec elle aurait pour toujours la saveur métallique du viol.” Personnellement j'ai un mauvais gout dans la bouche.
En lisant ce livre, et en sachant que Ian Fleming avait vraiment travaillé pour le M16, je recherchais avant tout à découvrir la réalité de la vie quotidienne d'un agent secret en ce début de guerre froide. Mais au final, Fleming passe son temps à décrire ce qui l'intéresse: les poursuites en bagnoles qui font vroum vroum, et l'ambiance des casinos. Les jeux de cartes sont décrits dans le moindre détails, comme un match de boxe, sauf que chaque rebondissements durant la partie tombait à plat pour le néophyte que je suis: à chaque fois que la carte était retournée, les personnages allait tous de leur réaction de surprise, tandis que moi je ne pouvais que me demander "qu'est-ce qu'y'a ? C'est bon ou c'est pas bon?".
Par contre, j'avais beau n'y comprendre fichtre rien, je n'arrivais pas à ne pas me rendre compte de l'absurdité du plan du M16: régler tout ça avec des mises colossales sur...un jeu de hasard? Voilà où vont nos impôts?! Un sacré scandale, pourtant traité avec le plus grand sérieux sans la moindre remise en question.
Au final, qu'en tirer? J'ai maintenant vu la genèse de Bond, qui apparaît déjà un peu fatigué et blasé dès les premières pages, et assez peu attachant. Pas de découvertes sur la vraie vie des espions, mais un impression prégnante de l'ambiance de méfiance en ce début de guerre froide. Une scène de torture surprenamement violente, où n'importe quel lecteur masculin ne pourra s'empêcher de grincer des dents (toi même tu sais). Et en ce qui concerne la comparaison avec le film de Craig, c'était aussi étonnemment fidèle dans le ton.
Goldfinger : L'ami Midas
Je continue ma série de critiques face aux différents volumes de James Bond dans l’ordre. Le Pitch: Par hasard, Bond se retrouve à enquête...
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Live and Let Die: Le Pitch: James Bond se la joue Englishman in New York, envoyé par le M16 pour enquêter sur la provenance douteuse de do...
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Ah ! Le voilà ! Le roman que je n'attendais plus. Résumé des épisodes précédents: démarrer cette série avait été une douche froide, car ...


