Le Pitch: Suite à la disparition d'un agent de liaison en Jamaïque, Bond est envoyé pour aller renifler la piste. La mission est en réalité une punition pour Bond de la part de M., et pour quelqu'un comme Bond, cela consiste à l'envoyer se dorer la pillule sous les tropiques (l'inverse de Bienvenue chez les Ch'tis, en gros). Car à part une petite altercation au sujet d'une espèce protégée de cormoran sur l'île de Crab Key, l'affaire ne semble pas très sérieuse. Ah oui, c'est vrai, et l'île est devenue presque impénétrable depuis qu'un certain Docteur sino-allemand au patronyme à consonnance négative. Mais c'est sans doute sans lien...
Le Résumé: en continuant mes pérégrinations flemingiennes, je commence à visualer une sorte de cadran sur le niveau de plausibilité de l'intrigue. Je dois dire que j'adore quand l'aiguille pointe vers plus de réalisme, comme dans Casino Royale ou Moonraker. Après avoir lu Dr. NO, je sais maintenant que Fleming peut être tout à fait appréciable quand au contraire l'indicateur pointe vers l'extrême inverse, en poussant les manettes vers le côté complètement WTF. Je pense que j'ai moins apprécié LIVE AND LET DIE ou DIAMONDS ARE FOREVER parce que l'aiguille pointait toujours au milieu, ni trop réaliste ni trop foufou non plus. Avec Dr. NO, on entre de plein pied dans le côté "pulp" de Bond, à savoir des méchants diaboliques avec des pinces mécaniques à la place des mains, un véhicule dragon et une belle sauvage ingénue, pour finir avec un combat face à un calamar géant. J'imagine que ce résumé ne sera pas du gout de tout le monde, mais pour moi ça aura marché: quitte à ne pas être réaliste sur le monde de l'espionnage, autant faire absolument n'importe quoi !
Titre éponyme oblige, parlons du Docteur. Il est clair que Fleming essaye de créer un méchant absolument iconique, et le roman est un roulement de tambour constant avant son entrée en scène, qui heureusement n'est pas ratée. Julius No a une vraie aura et une origin story plutôt fascinante. C'est pour ça que si j'ai adoré le personnage, j'ai comme beaucoup de lecteur été d'autant plus déçu de la fin anti-climactique qui lui est réservée (spoilers?).
Là où Fleming me déçoit vraiment, c'est dans le traitement de son personnage féminin: c'est clair, on a atteint un nouveau palier. Honeychile Rider est tout droit issue du rêve fiévreux adolescent, une créature de rêve qui apparaît nue dans sa première scène, semble être une sorte de sauvageonne à la fois complètement innocente et en même temps assez aguicheuse, ce qui me semble un peu contradictoire. Et c'est assez perturbant à quel point le scénario et Bond l'infantilise (parce que vu ses mensurations, ce n'est clairement pas une enfant!) en l'appelant régulièrement "child", et en la faisant quasiment...adopter à un couple à la fin? Bref, vous me direz, une bimbo blonde à moitié élevée par des animaux de la forêt mais en même temps figure de mode, c'est presque intégral au genre du pulp. C'est juste que j'attendais quelque chose d'un peu moins bas du front quand même. J'ai à la limite plus cru à l'histoire d'amour tragique entre Bond et son ancien flingue (sérieusement, pendant une bonne partie du bouquin Bond n'arrive pas à se remettre du fait qu'on lui ai confisqué son fidèle Beretta pour le troquer contre un Walter PPK).
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