vendredi 14 janvier 2022

Live and Let Die: pitié, non, pas l'accent !


 Live and Let Die:

Le Pitch:

James Bond se la joue Englishman in New York, envoyé par le M16 pour enquêter sur la provenance douteuse de doublons vraisemblablement issus du trésor d'un pirate (Ian Fleming a demandé le scénario à son petit neveu de 5 ans). Un piste qui l'entraîne dans les quartiers d'Harlem et son chef mafieux Mr. Big, puis de Floride jusqu'en Jamaïque, au son des tams-tams oppressants du mysticisme vaudou qui semble rythmer cette aventure...

Le résumé:

Deuxième entrée dans le canon litéraire Bondien. Je m’étais dit que c’était le deuxième qui allait décider si j’allais continuer l’aventure après. Au final, ça a été le cas, même s'il faut bien avouer qu'il y a beaucoup à redire.


Dans ce deuxième livre, on découvre pour la première fois une formule qui va rester célèbre et sera régulièrement utilisée dans les films: la Fleming Sweep, ou un déroulé d’étapes typiques d’une histoire de Bond (structure que ne suivait pas vraiment le premier bouquin).

En gros:

1. Bond rencontre M., qui lui expose la mission, s'il l'accepte. Evidemment, il l'accepte.

2. Bond arrive à *insérer destination exotique pour l'anglais moyen des années 50 qui a jamais quitté les frontières de son Westerfordshire natal *

3. Bond rencontre/ est capturé par le méchant *insérer terme raciste*

4. Bond rencontre *insérer ici personnage féminin stéréotypé*

5. Bond retombe sur le méchant.

6. Bond survit et peut enfin profiter de ses vacances ET/OU de sa partenaire du jour.


Du coup, l'intrigue est un peu plus prévisible car elle ne fait que suivres les rails (d'autant que Fleming, à part les voitures qui font vroum-vroum, adore également passer du temps à décrire les tchous-tchous). Il n'empêche, c'est le deuxième tome qui m'a fait découvrir que son style n'est en réalité pas si aseptisé et factuel que ça: il est capable d'un humour assez mordant, et peut parfois partir dans des digressions assez surprenante (je pense notamment à ce long passage de la peur des avions de Bond, qui détonne un peu avec le reste mais qui est superbement écrit).


Parmi les critiques que j'ai à adresser à ce roman, on constate qu'après avoir exploré le sexisme de Fleming dans Casino Royale, nous pouvons ici nous attaquer à...roulement de tambours...son RACISME


Alors attention, le livre n'est pas frontalement raciste. Fleming semble déjà vouloir faire attention à ce qu'il va dire, et mettre en avant les aspects qu'il apprécie le plus chez les Afro-Américains, parmi lesquels le jazz, et...euhm… et c'est tout. Aussi, Fleming est un de ces types qui prend plaisir à raconter ses vacances de deux semaines dans un pays exotique et qui du coup pense avoir compris la psychée profonde de toute une culture. Ici, il nous fait part de ses opinions sur la communauté Afro-américaine, et on apprend qu’apparemment tous sans exception, ont une foi innée dans la religion vaudoue (what?). Ah, et accrochez vos mirettes pour des passages entiers où Fleming montre, tout fier de lui, comment retranscrire l’accent Afro-américain à l'écrit. C’est exactement aussi embarrassant que vous pouvez l'imaginez, et le pire est qu’on a droit à des tartines de pages rédigées comme ça. (Comme quoi Michel Leeb n’a rien inventé !). C'est en écoutant à son insu un couple de couleur discuter que Bond en arrive à la conclusion qu'ils ont finalement les mêmes problèmes et intérêt que tout le monde (c'est presque comme si c'était des être humains en fait!).


Du coup, ça laisse moins de temps à Fleming pour caser quelques remarques sexistes, mais également à développer la James Bond girl du jour, Solitaire, première d'une série de potiches dans la série - Vesper Lyndt avait au moins une personnalité. 


Au final, un tome qui est constamment en mouvement mais où on n'a pas le temps de s'attacher à grand chose, et le peu de moment où l'on s'attarde reste assez maladroit. 





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