Le Pitch: Bond doit remonter la piste d'un traffic de diamants sous couverture. Ce faisant, il rencontre les maillons de la chaîne le long des Etats-Unis de New York à Las Vegas.
Hum...comment dire. A un moment, Bond et l'héroine se retrouvent à devoir de déplacer sur un chemin de fer avec une wagon tireur.
C’est un peu comme ça que j’ai ressenti ma lecture.
C'est en effet le premier Ian Fleming où je me suis vraiment ennuyé pendant une bonne portion de l'intrigue. Pourtant, le départ était prometteur: pour la première fois, on allait voir Bond devoir accomplir une mission sous couverture ! Hélas, c'était oublier quelque chose dont je commençais à me rendre compte: James Bond est un très mauvais espion. Dans ce tome, alors qu'on le maquille et qu'on lui explique les particularités de sa nouvelle identité, au chapitre suivant -sans nul doute parce qu'il se trouve face à une blonde en sous-tif, le bougre insiste (même s'il se fait toujours passer pour un trafiquant) pour dire que son véritable nom est James Bond. Pourquoi?!
Ce ne sera pas la première ni dernière instance où son incompétence prend le devant: arrivé à Las Vegas, il découvre en débarquant à l'aéroport un distributeur à oxygène. Il ne peut pas résister à la tentation de se défoncer un petit peu, alors que le gars est en mission! Evidemment, étant quelque peu défoncé, il attire malencontreusement l'attention sur lui par la faction ennemi pour cette gaminerie. A ce niveau, son matricule devrait pas être double zéro sept mais plutôt triple andouille.
Cette anecdote du distributeur est symptomatique de ce qui marche et ne marche pas dans l'écriture de Fleming. Cela marche car beaucoup des James Bond sont basés sur des voyages réellement effectués par l'auteur, qui donne une vraisemblance et une authenticité à l'ensemble: dans les meilleurs passages, on a l'impression d'être dans ces contrées étrangères, tant le niveau de détail est photographique. Par contre, ça donne aussi lieu à des passages plutôt longuets où l'histoire n'avance pas, comme les scènes de courses hippiques et de passages aux bains de boue, qui boursoufflent l'intrigue. A contrario, des environnements plus inventifs - car inventés - comme la ville-fantôme de Spectre, repaire des méchants, sont beaucoup trop rapidement expédiés.
Par ailleurs, les méchants sont également l'un des points faibles de ce volume. Le pluriel y est pour quelque chose: nous n'avons pas le droit à un antagoniste haut en couleurs, mais plusieurs aux teintes un peu délavées. Il s'agit de maillons mafieux, sur la chaîne du traffic que remonte James: un propriétaire bossu douteux qui n'apparaît que dans un chapitre, les frères Spangle, chacun n'apparaissant que rarement. Ce qui se rapproche le plus d'une menace constante est le duo de tueurs qui ponctuent le périple de Bond, mais eux-mêmes sont peu développés: quasiment pas de dialogue, quelques malformations physiques notables (un albinisme et une...verrue au doigt plus importante qu'il n'y paraît) et le fait qu'ils soient homosexuels, ce qui semble être une tare dans l'esprit Flemingien.
S'il y a un élément à sauver dans ce tome très poussif, il s'agit franchement de l'élément sur lequel j'aurais le moins parié: la James Bond Girl, ici miss Tiffany Case. La première blonde parmi ses conquête est mémorable, à la fois par son origin story assez tragique, et surtout parce qu'elle donne lieu à des scènes de dialogues qui permettent à Bond de véritablement livrer ses sentiments -notamment des réflexions sur le mariage. L'alchimie entre les deux prend vraiment, on se prend presque à espérer qu'il s'agisse de la bonne! Pour la première fois, Fleming donne du relief à un personnage féminin autrement que par son bonnet de soutien-gorge (quoique sa première scène fasse très affiche pin-up), et ça c'est un sacré progrès.
Bref, un tome assez terne malgré quelques facettes qui brillent ça et là.

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